Ton histoire - Ta naissance

Mon bébé né le 28 septembre 2020 à 3h38.
Un enfantement rêvé, entourés de nos proches dans notre petite yourte.

Récit de ta naissance Hélios Zion

Par Laura

Enceinte de mon premier enfant, je savais depuis le début que je souhaitais enfanter à domicile, l’enfantement en autonomie s’est finalement présenté à nous faute de sage femme et m’a tout de suite semblé être une option qui me correspondait encore mieux. Mon compagnon a deux filles nées en AAD. C’était une évidence que nous voulions partager ça ensemble.

Ma grossesse s’est faite dans la nature, sans stress, dans la ferme où nous vivons et s’est terminée par la construction de notre yourte. Petit cocon qui a fini d’être préparé quelques heures avant l’arrivée de notre fils, un timing parfait.

 


Pour mon suivi j’ai fait juste les deux premières échos et quelques rdv avec deux sages femmes merveilleuses. Je n’ai pas souhaité m’inscrire dans une maternité. Je voulais que nos noms soient inscrits dans aucune institution médicale et que l’on n’essaye pas de nous appeler en cas de dépassement du terme. Je n’ai pas écrit de projet de « naissance au cas où » et j’ai eu du mal à préparer un sac si cela avait été nécessaire d’aller dans une maternité. Je sentais en moi que cela ne serait pas utile, je l’ai fait quand même par acquis de conscience.
Pour l’accouchement nous avons été entourés de nos deux mères celle de mon compagnon et la mienne. Qui pour l’occasion étaient venues nous soutenir, nous faire des bons petits plats et finir les travaux avec nous, quelques jours auparavant en espérant que le bébé arrive pendant leur séjour.

Niveau préparation, un petit meuble marocain constituait mon hôtel d’enfantement, petites hutte de lutin en argile, quartz du coin, encens, bougies, peintures, feuilles d’arbres remplies de petits mots « Je m’ouvre » « Confiance » « Amour » « Puissance » « Toutes les femmes que j’aime m’accompagnent »… À l’intérieur de ce meuble, des serviettes, des alèses, des culottes de règles, des serviettes hygiéniques, du rescue, une liste des numéros de téléphones importants, des clamps donnés par la sage femme et c’est tout.

Les sensations ont commencé dimanche à 15h, après un repas ensoleillé en famille et la cueillette de tous les derniers poivrons et aubergines du potager avec ma petite sœur. Cette tâche accroupie a sûrement aidé à déclencher ton arrivée.

J’ai ressenti comme des sensations de douleur de règle, puis assez vite des contractions régulières, avec ma maman nous regardons, 10min d’intervalles environ. Nous comprenons donc que c’est le début.

Tout le monde s’affaire à préparer l’espace, les enfants se préparent à aller dormir ailleurs, les mamies se préparent psychologiquement, le papa aussi. Plein de bonne humeur et d’effervescence, j’accueille les contractions en soufflant, en riant et souriant elles sont douces c’est agréable. C’est beau de voir cette énergie de groupe pleine d’amour autour de nous.

Je propose ensuite à ton papa qu’on aille se balader le long de la rivière derrière notre yourte et de monter voir le point de vue dans la montagne, beau moment de complicité durant lequel on réalise que c’est maintenant, que l’on va te rencontrer bientôt. Plein d’émotions, des belles larmes de joie de ton papa.

Marcher et prendre l’air me fait du bien. Je suis joyeuse.

Jusqu’à 22h j’accueille les contractions sans voir le temps passer. Cela me surprend.
Je suis les fesses nues, au sol, accroupie, j’utilise un ballon de yoga et une écharpe de portage suspendue à la mezzanine de la yourte pour m’accrocher, vague après vague ça fait bien. A chaque contraction, je respire, roule sur mon ballon, en m’accrochant avec mes mains à l’écharpe.

J’ai perdu mon bouchon muqueux les heures précédentes et maintenant au fur et à mesure la poche des eaux se vide doucement à chaque contraction. Une petite alèse et des serviettes sont disposées sur le sol en dessous de moi. Je suis bien dans cette position j’y reste quasiment 5heures. L’ambiance est calme et douce, nous sommes 4 avec tes mamies et ton papa qui a pris le temps de s’assoupir une heure pour être en pleine forme pour la suite, un père super serein et soutenant!

De 22h à minuit les sensations s’intensifient, les contractions sont rapprochées, fortes. Je vocalise beaucoup, je n’ai jamais émit des sons pareils. Je découvre ma voix, ma voie. Quelques semaines avant d’accoucher ma sage femme a mis entre mes mains le livres et le dvd Naître enchantée, un vrai cadeau de gestion de la douleur que cette technique. Grâce aux sons j’arrive à visualiser la puissance en moi et à envoyer mon énergie vers le bas de mon ventre.

Avoir la présence de nos mères me fait du bien, elle m’encouragent, tiennent une bouillotte chaude dans le bas de mon dos, me câlinent. Elles sont d’un grand soutien pour ton papa également.

Passé minuit je commence à grandement fatiguer, j’ai mal aux muscles des jambes et des bras à force de me suspendre. Mon compagnon m’encourage à aller dans le lit pour m’assoupir entre les contractions, c’est une bonne idée, ça me fait du bien. C’est vraiment douloureux et je commence à trouver le temps long. On dort ensemble, collé l’un contre l’autre, quelques contractions passent comme ça, ça me permet de reprendre des forces.

Ensuite on se réveille c’est bien intense, je bouge, vocalise, marche quand je peux, demande de l’aide à mon chéri, me suspend à lui. Jusque ici je n’ai pas osé toucher mon vagin, pour connaître l’avancée de mon enfant. J’essaie, je sens la tête au loin, le col n’est pas totalement effacé. Moi qui pensais qu’il n’allait pas tarder, que sa tête commençait à s’engager, ça me met un petit coup au moral.

Phase de désespérance. Qui amène des questions rigolotes, je me demande un peu mais « Pourquoi je me suis mis dans une situation pareille ? C’était bien utile un bébé ? ». J’aimerais que quelqu’un d’autre puisse prendre le relais, le faire à ma place, mais je réalise que c’est impossible, que je dois être forte et poursuivre.

Alors que les premières heures m’ont semblé passer très vite et facilement, là c’est très long. Pour mes proches aussi. Je continue d’accueillir les contractions comme je peux, de vocaliser très fort, c’est moins maîtrisé mais je laisse sortir les sons, j’essaie de bien respirer quand même, de penser à garder mes lèvres et ma bouche détendues, de rester dans des tonalités graves.

En touchant à nouveau j’ai la sensation que ça n’avance pas, je retourne dans le lit, c’est difficile, un “j’en ai marre” sort tout seul. Je m’impatiente !

Je demande à ton papa d’écouter ton cœur en posant son oreille sur mon ventre comme il le faisait pendant la grossesse tout va bien. Mon intuition est bonne, je suis confiante, ce n’est pas évident mais nous allons bien.

Je m’assoupis encore un peu, mais les réveils sont très durs, j’ai envie de pousser de te faire avancer. Finalement je me mets à 4 pattes sur le lit, une amie arrive vers 2h du matin et redonne de l’énergie à tout le monde, elle me dit plein de belles choses, ça me fait du bien. Je décide de mettre à nouveau mes doigts à l’intérieur et de les laisser pendant les contractions, je me rends compte que tu descends bien mais remontes. J’essaie d’accompagner les poussées pour que tu ne remontes pas trop. J’ai peur de forcer en poussant par moi même, peur que cela déchire mes tissus.

C’est trop fort, je me mets sur le tapis, ta tête est là, j’ai l’impression qu’elle ne passera jamais quand je sens la tension de mes tissus et le peu de place. Ça m’impressionne beaucoup cette sensation. On m’encourage c’est fait pour sortir, ton corps est fait pour cela.

Alors dans une grande affirmation je me répète à voix haute, entre deux cris “c’est fait pour, ça va aller”. Je découvre la sensation du cercle de feu, wouah c’est pas rien. Ta tête sort, je sens la rotation très rapide de ton petit corps et plouf expulsion dans les bras de ta mamie.Tu pousses un tout petit cri, plein de sérénité juste pour dire je suis là en vie, victoire. On enlève doucement les tours de cordon. D’un coup je suis bien alerte et pleine de lucidité, j’observe et rassure « Allez y doucement, tout va bien ». Tu es tout glissant, je n’ose pas te toucher. J’ai besoin de me rassembler quelques secondes avant de te prendre dans mes bras. Ton papa te prend contre lui, contre sa peau, votre premier câlin. En t’observant ma première phrase sera « T’es beau mon bébé » avec toute l’émotion de ce que nous venons de vivre dans la voix, ainsi que le bonheur de découvrir enfin ton visage.

On t’essuie et on se met dans le lit ensemble tous les trois. Ça y est c’est fait, incroyable.

Tu têtes tout de suite super bien, je ressens donc à nouveau les contractions du placenta. C’est dur mais je sais que je vais me sentir mieux ensuite. Il paraît que c’est doux et chaud quand ça passe, que c’est mou, il n’y a pas d’os, rien à voir avec le corps d’un bébé. Mes proches m’aident à me mettre au bord du lit, on place une bassine en dessous. Pendant que je délivre, mon amie te prend contre elle en peau à peau, tu cherches à la téter, je la remercie pour ce relais. Le placenta est sorti ça y est, c’est gros. Environ 30 minutes après ta naissance. On l’examine il est entier tout beau, toutes les membranes intactes. C’est ton arbre de vie, celui qui t’a tenu compagnie pendant ces 9 mois.

Pas de perte de sang anormale, nous sommes rassurés, ce qui nous semblait le plus périlleux est passé.

Apaisés et heureux sur le lit. Nous attendons que ton cordon arrête de battre, je te parle, mon bébé c’est le moment de couper ce lien. Tout en douceur avec deux petits clamps et un couteau bien aiguisé. Ton papa le tient et ta mamie le coupe.

Voilà c’est fait, plus libre de nos mouvements, tout le monde nous laisse, on s’endort tous les trois jusqu’au petit matin.

Au réveil, j’essaie de me lever, vertiges et perte de sang. J’en mets partout sur le trajet pour aller aux toilettes sèches dehors. Moi qui voulais aller faire pipi et prendre l’air, c’est plus vraiment dans mes capacités pour le moment. Un pot de chambre fera l’affaire pour les prochains jours. Comme si je n’avais pas vraiment réalisé, je vais me recoucher surprise. Mais ça va, rien d’anormal niveau quantité de sang. Vient ensuite la visite des grandes sœurs, tout le monde réalise ton arrivée, découvre ton visage, nous sommes heureux. Je te trouve magnifique mon bébé. Calme, tu n’as pas pleuré du tout. Tu observes tout bien éveillé. Amour universel de maman. Je ne me suis pas encore remise de l’intensité, ça m’a bien remué quand même.

On se câline en peau à peau, tu fais ta première élimination, le méconium dans la journée, notre sage-femme nous rend visite en fin d’après-midi, elle me demande si je souhaite te peser, nous sommes curieux tu sembles si petit, finalement tu fais 3,150kg.

Elle nous fait la déclaration de naissance. Et moi on me fait 5 points de suture, rien de gros, mais plusieurs déchirures superficielles au niveau des lèvres. C’est un moment vraiment dur pour moi, je ne suis plus capable d’encaisser la douleur et je n’ai pas envie qu’on touche cette zone de mon corps, l’anesthésiant local ne fonctionne pas. Je crie aussi fort que pour une contraction à chaque passage d’aiguille. Mais bon c’est fait en douceur par quelqu’un en qui j’ai confiance dans la bienveillance et c’est nécessaire. C’est assez dur de me sentir autant “cassée” de l’entre jambe. Je ne réalisais pas la nécessité des grosses serviettes de maternité et le fait de ne pas pouvoir bouger du lit. J’accueille et me repose. Nous resterons allongés sans nous habiller plusieurs jours, à sortir juste le midi pour se mettre au soleil.

Nous aurons le précieux soutien de ta mamie à nos côtés pendant une semaine, de quoi être bien chouchoutés, un vrai bonheur.

Je suis heureuse de me rendre compte que j’ai réussi, qu’on a réussi. Qu’on est tous en bonne santé. Quelques jours plus tard, nous avons planté le placenta au pied d’un amandier que nous avons acheté pour ton cadeau de naissance. Je voulais en faire une empreinte sur papier mais finalement je n’ai pas eu envie de le manipuler, ça ne me parle pas, je suis contente de le rendre à la terre.

Maintenant on se repose, on profite de toi, notre petit bébé, plein de bonheur, de découverte, on prend notre rythme.

J’ai les mamelons douloureux, je me mets de la lanoline pour anticiper l’arrivée de crevasses et donc l’allaitement se passe très bien.

Je mange beaucoup de fruits, de spiruline, de pollen, de miel ainsi que des tisanes de framboisier, ortie. Ton papa me prépare de précieux petits bols pleins de nutriments ainsi que des boissons chaudes pour me remettre sur pieds.

Je trouve que les sons que tu fais quand tu têtes sont les plus beaux que je n’ai jamais entendus.

Me voilà maman. Merci mon fils pour cette incroyable rencontre partagée, ce voyage, cette aventure.

Je retiendrai vraiment que même si ça a été dur et que j’ai été tenté d’abandonner au moment le plus dur, je n’ai pas eu peur, j’ai vraiment eu confiance en la vie et que j’ai su lâcher prise au bon moment. Je retiendrai aussi que les choses se passent comme il faut, qu’il ne faut pas entraver la fluidité de la vie et se détendre au maximum.

Je me rends aussi compte que dans un autre environnement moins propice et sans les encouragements de personnes bienveillantes, j’aurais pu craquer pour une péridurale ou une césarienne. J’aurais pu laisser ce moment puissant de ma vie entre les mains d’autres personnes.

Je suis fière de cet enfantement libre, en puissance, en douceur.

Je suis heureuse mon enfant de t’avoir offert cette entrée dans la vie.

Pour la suite, c’est parti pour expérimenter, l’allaitement, le portage, l’HNI (l’hygiène naturel infantile, le cododo, le maternage proximal. Enfin tout ce qui me semble logique simple, naturel et passionnant !

Vive la vie.

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